POURQUOI JE NE SUIS PAS ALLÉE VOIR STAR WARS VII
Le 16 décembre dernier, le dernier Star Wars envahissait nos salles de cinéma mais aussi tout notre quotidien. Retour sur cet événement auquel je n'ai pas participé.
En octobre 2012, sept ans après la dernière trilogie, nous apprenions le rachat de la société de production Lucasfilm et de l'une des plus célèbres franchises cinématographiques, La Guerre des étoiles. Pour la modique somme de 4,05 milliards de dollars, Georges Lucas, père spirituel et dieu de la culture geek, avait vendu sa création (et son âme avec) au géant démoniaque Disney. Je me souviens encore des vifs débats qui avaient animé mon entourage à ce sujet. Certes, ce rachat s'apparentait à une trahison mais il allait permettre de donner naissance à un nouvel épisode ! Comment refuser un Star Wars 7 ? De mon côté, je me trouvais dans un sentiment ambivalent, grande fan de Star Wars, je ne pouvais que me réjouir de l'arrivée d'un nouveau volet de l'épopée. Je craignais cependant que celui-ci ne soit rempli de héros à la chevelure dorée arborant des sourires dignes des pubs d'une célèbre marque de dentifrice, de princesses « pseudo-émancipées » et d'autres niaiseries dont Disney à le secret.
Je me souviens de cette terrible nuit où un cauchemar vint me hanter. Je revivais la scène emblématique de la révélation : je revois les yeux de Luke, ébahis, en apprenant qui était son père, puis de son malaise lorsque, sous le masque de Dark Vador, il découvrit le visage sadique de Bambi, avant que l'Etoile noire ne déploie des ailes roses pour partir à la recherche de la planète au trésor ! Trois années après, le souvenir est encore douloureux. Une partie de moi se refusait à voir un Star Wars souillé par les leprechauns de Disney, mais une autre, plus forte, plus grande et plus puissante, me guidait vers le côté obscur de la force. Dans l'attente, l'envie grandissait en moi, et je m'étais résolue à être l'une des premières personnes présentes dans les salles lors de l'évènement.
Le 27 novembre 2014, alors que l'annonce d'un Star Wars 7 s'est déjà faite oubliée et que la plaie de la trahison est déjà cicatrisée, Disney réalise un coup d'éclat. Le premier teaser de Star Wars : Le réveil de la force envahit nos comptes Facebook, Twitter et Youtube ! Je me rue alors sur mon ordinateur et clique sur la vidéo avec une envie incontrôlée. Je découvre les premières images de Star Wars 7 et là... c'est la déception. Un teaser ne montrant strictement rien si ce n'est quelques « nouveautés » telles qu'un R2D2 sphérique et orange ainsi qu'un sabre laser en forme de croix. Sérieux les gars ? Vous n'avez pas trouvé mieux pour satisfaire les fans de la saga que cette surenchère futuriste ? J.J Abrams, petit protégé du roi Spielberg, tu as déjà détruit Star Trek alors pourquoi t'attaquer à Star Wars ? Dans les jours qui suivirent, des trolls fleurirent sur la toile. Je m'adonnais alors cruellement et avec gaité au lynchage du trailer. Certes, ce fut bien loin de mes cauchemars, pas de R2D2 rose pailleté au rendez-vous, mais ce fut aussi très loin de mes espérances. Malgré la déception, mon avis restait inchangé, j'étais décidée à aller voir Le réveil de la force. Peu à peu, la polémique s'estompa, et le ridicule trailer se fit oublier. C'est en octobre 2015, environ deux mois avant la sortie tant attendue du dernier Star Wars, que la bande annonce finale se retrouva sur nos écrans. Cette fois-ci beaucoup plus explicite et alléchante, elle ne fit qu'augmenter mon impatience ainsi que celle de tous les autres fans de l'emblématique saga.
Mais avant même sa sortie, ce nouvel opus commença à envahir notre quotidien. Une avalanche de produits dérivés et de pubs à l'effigie du nouveau bébé de J.J Abrams commencèrent à étouffer mes journées. La « force » est partout, sur internet, à la télévision, dans les rues et les magasins. Même quand je vais envoyer un colis je vois le masque de Dark Vador me scruter sur les timbres de la Poste. Colis, sous-vêtements, piles et même shampooings se retrouvent ornés des personnages de Star Wars. Tout se vend mieux s'il y a Chewie dessus. Je me sens tel Jimmy dans la saison 19 de South Park, mon monde est envahit par les pubs et je ne sais que faire face à elles, elles prennent de plus en plus d'espace et semblent muter sous d'autres formes. Non Facebook, je ne veux pas voir le top des meilleurs costumes de Chewie, ni voir les photos du tournage sans effets spéciaux. Et Youtube me donne des envies de meurtres avec cette pub qu'il me soumet à outrance : « C'est bientôt Noël et Star Wars arrive chez C... ».
Quelle bonne idée de la part des producteurs de sortir le film quelques jours avant Noël ! Après tout, c'est la période de l'année où la consommation est la plus forte et Disney est le papa du produit dérivé. Rappelons que sur les 27 milliards de dollars que la franchise Star Wars a amassé, seulement 30 % environs sont issus des entrées aux box office et des DVD vendus. L'empire Star Wars doit donc plus de la moitié de sa fortune à la vente de produits dérivés. Peu à peu, le Réveil de la Force passa d'un potentiel bijou à mes yeux à un gouffre financier vorace qui essayait de m'engloutir. Ce sentiment ne fit que s'amplifier quand un matin de décembre je cliquai sur une vidéo de Quentin Tarantino révolté contre Disney. Il y explique que son dernier film, Les Huit Salopards, devait être diffusé au Cinerama Dome (cinéma mythique hollywoodien) à compter du 25 décembre, et ce, durant les deux semaines suivantes. Le cinéma était censé projeter Star Wars durant la semaine précédente. Seulement, cela n'a pas plus à Disney, qui, le 15 décembre, décida d'envoyer ses représentants pour discuter avec, ou plutôt menacer les propriétaires de l'établissement. En effet, Disney les mit face à un choix difficile : soit le Cinerama Dome diffusait Star Wars 7 durant l'intégralité des vacances de Noël et annulait ainsi son contrat avec Tarantino, soit Disney leur interdirait de diffuser leur film dans toutes les salles de cinéma leur appartenant. Autant dire qu'interdire la diffusion de Star Wars : Le réveil de la Force dans un cinéma, c'est faire perdre à l'établissement la plus grosse recette de l'année. Bien que je ne mourrais pas d'envie de voir le dernier Tarantino dont la bande annonce annonçait un vague mix entre Django Unchained et Reservoir Dogs, je m'indignais. Quand Star Wars sortit dans les salles, l'excitation avait totalement disparu. Je n'étais plus le moins du monde emballée, j'étais même blasée par Star Wars. Alors mon ferme « j'irai le voir » se transforma en un « peut-être que je le verrai la semaine prochaine » puis en un « je ne vais pas payer pour ça, je refuse de donner mon argent à Disney ».
Aujourd'hui, je n'ai toujours pas vu Star Wars 7 et à mes yeux, c'est loin d'être un drame. Bien que j'aurai apprécié aller voir ce nouvel opus dans une salle obscure confortable, équipée de la 3D, la politique économique de Disney m'en a coupé l'envie. Les avis de mon entourage divergent sur cet opus, certains le qualifient de bijou, d'autres le traitent de blockbuster ridicule. Je finirai par me faire ma propre opinion sur le film quand je serai prête à revoir les personnages du film, qui, par leur présence excessive dans mon environnement, m'ont littéralement dégoûté. A ce jour, mon avis reste encore à définir. En revanche, mon opinion sur Disney et Georges Lucas est déjà faite, et c'est une grande déception.
Ambre Fitzgerald
